La Société de Protection des Terres Humides
Tourbières de lanoraie
Le complexe tourbeux du delta de Lanoraie est situé au sud de la région administrative de Lanaudière, à environ 40 km de Montréal.
Couvrant une superficie d'environ 7580 ha, soit près de 76 km2, il est bordé au sud par le Fleuve Saint-Laurent, au nord par la ville de Joliette, à l'ouest par la ville de l'Assomption et à l'est par la ville de Berthier.
De Sainte-Geneviève-de-Berthier à l'Assomption, en passant par les municipalités de Lanoraie, Lavaltrie, Saint-Paul, Saint-Thomas, Saint Sulpice et Saint-Gérard-Majella, ce système tourbeux représente l'un des derniers grands milieux naturels humides du sud du Québec
Anciennement bordé d'îles sableuses, le paysage passé devait être comparable à celui actuellement en place dans l'archipel des îles de Berthier Sorel. En effet, durant la dernière glaciation, l'Inlandsis laurentidien, dont l'épaisseur pouvait atteindre jusqu'à 4 000 mètres (Landry et Mercier, 1992), a surcreusé la région entourant aujourd'hui le Lac Saint-Pierre. Sous le poids de l'immense couche de glace, le continent s'est enfoncé de plusieurs centaines de mètres de sorte que lorsque la glace a fondu, l'océan a envahi de grandes régions du centre, de l'est et du nord du Québec : c'est à ce moment que s'est formée la mer de Champlain.
Pendant cette transgression marine, le relèvement isostatique a entraîné un abaissement progressif des niveaux de submersion des Basses-Terres, laissant place au Lac Lampsilis. Lorsque la masse d'eau courante du fleuve rencontra celle du lac, les sédiments transportés, surtout du sable, se sont déposés. Les deux masses d'eau se déplaçaient entre Saint-Sulpice et Berthierville alors que s'élaborait, il y a environ 8 800 années, de part et d'autre du fleuve actuel, le delta de Lanoraie (Robillard et al, 1996).
Il est clairement démontré que le complexe tourbeux du delta de Lanoraie est affecté de toute part par différents types de perturbation. Si aucune activité de restauration n'est faite, plusieurs secteurs seront en effet considérés comme des pertes définitives ou comme zones de perturbations majeures. Une des perturbations les plus fréquentes et dévastatrices est bien évidemment l'agriculture. Pratiquement toute la superficie du territoire à l'étude est en effet de tenure privée et majoritairement zonée agricole. Il devient donc difficile d'intervenir pour la protection de ce milieu fragile. Il va de soi que si aucune réglementation et processus législatif clair ne sont mis en place rapidement, le phénomène perdurera ce qui mettra certainement en péril la pérennité du milieu. L'hydrologie tant locale que régionale ainsi que les espèces fauniques et végétales qui y trouvent refuge risquent d'être fragilisés à court, moyen et long termes. Les pressions anthropiques exercées sur les tourbières de Lanoraie sont si importantes que la situation est désormais critique et des actions de protection, voir même de restauration seront à prévoir afin de renverser le processus.
Les tourbières de Lanoraie représentent les derniers grands milieux naturels terrestres d'une région dominée par l'agriculture et l'urbanisation. Leur proximité de Montréal les rend particulièrement vulnérables à une utilisation économique à court terme de leur ressource. Une superficie de quelque 879 ha aurait ainsi été perturbée ou détruite depuis 10 ans. D'autre part, l'approche réglementaire développée par les municipalités et le ministère de l'Environnement ne semble pas avoir eu toutes les retombées positives souhaitées sur la conservation de l'écosystème tourbeux. La difficulté de contrôler les activités réalisées sur l'ensemble du territoire et, localement, le manque de compréhension de l'importance écologique du milieu sont probablement responsables de cette situation. Comme les tourbières (et les autres milieux humides) ont été peu considérées au fil des ans pour leur valeur autre que celle d'exploiter la tourbe, il n'est pas étonnant que la conscience moderne ait peu évolué vers une approche de conservation.
Pourtant, divers intervenants reconnaissent aujourd'hui le potentiel écologique et éducatif des tourbières de Lanoraie. Le ministère de l'Environnement y a créé en 1994, sa 48è réserve écologique sur une portion du territoire. Un protocole d'entente signé avec le Ministère nous permet d'y offrir des visites éducatives depuis ce temps. L'éducation fait en effet partie des objectifs fixés par la création d'un réseau de réserves écologiques au Québec.
Constat de la problématique de gestion due aux nombreux acteurs, tant au niveau des décideurs de tous les niveaux de gouvernement, que des propriétaires privés.
Le manque de cohérence dans la réglementation applicable et appliquée sur le territoire des tourbières du delta de Lanoraie, et de tous les milieux humides en général apparaîtra ici clairement.
Decoupage fédéral (Carte 1)
L'objectif de la Politique fédérale sur la conservation des terres humides, publiée en 1991, est de « favoriser la conservation des terres humides du Canada en vue du maintien de leurs fonctions écologiques et socio-économiques, pour le présent et l'avenir ». Or, le fédéral a des pouvoirs seulement lorsqu'il y a présence d'espèces fauniques ou floristiques sous la protection de la loi sur les espèces en péril et lorsqu'il y a des infrastructures de transports fédérales concernées. Il peut aussi, paradoxalement à sa politique, favoriser le drainage des milieux humides pour augmenter le rendement de certains aménagements forestiers.
Découpage provincial (Carte 2)
Le gouvernement du Québec, via l'article 22 de la loi sur la qualité de l'environnement, est responsable d'émettre les permis d'autorisation pour les activités prévues à l'intérieur des milieux humides (tourbière, marais, marécage, etc.). Comme stipulé au point 6.1, un entrepreneur peut se voir financer ses activités de drainage par le fédéral, et se voir interdire ce même drainage par le provincial. C'est la division régionale du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs qui est responsable de l'émission des permis d'autorisation. Les régions sont tellement vastes, les demandes d'autorisation tellement nombreuses et à l'inverse, trop peu de fonctionnaires que les permis sont émis sans analyse profonde de la capacité de support du milieu.
Région administrative (carte 3) et (Carte 4)
Le site à l'étude est localisé au sud de la région administrative de Lanaudière.
Les régions administratives n'ont aucun pouvoir réel en matière de gestion des milieux humides.
Au fur et à mesure que le niveau d'eau baissa, les chenaux du delta creusèrent leur lit dans la couche d'argile laissée par la mer de Champlain (Robillard et al, 1996).
Lorsque la force du courant fut trop faible pour traverser la couche d'argile,
d'importantes masses d'eau ont été emprisonnées dans les légères dépressions.
Avec les années, la végétation combla ces aires humides disposées parallèlement
au Saint-Laurent, dans les anciens chenaux du delta de Lanoraie
Dans le contexte actuel d'étalement urbain et d'agriculture industrielle, ces actions devront être mises en place à très court terme.
Chacune des municipalités concernées par la problématique devrait par ailleurs se doter d'une réglementation en matière de milieux humides, dans une perspective de développement durable, en fonction des préoccupations qui leur sont propres.
Il est impératif, dans l'espoir d'atteindre l'objectif de préservation, de sensibiliser les citoyens et la population en général sur la nature fragile mais fondamentale des tourbières. Il faut informer les gens et renverser l'idéologie négative que la majorité de la population entretient depuis des années face aux tourbières.
Les milieux humides sont peut-être des milieux ingrats pour l'établissement de l'homme, mais ce n'est cependant pas le cas pour les milliers d'autres espèces vivantes qui dépendent de ce milieu pour vivre et se reproduire. Seul ce raisonnement devrait prévaloir face à la problématique des tourbières du delta de Lanoraie.